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Comment l’innovation sociale peut-elle servir une communauté?

Vendredi 11 septembre 2026

Comment le savoir d’une université peut-il se transformer en levier concret pour répondre aux besoins d’une communauté? Dans le cadre de l’événement de reconnaissance du Cercle des dons majeurs du 8 septembre 2026, Isabelle Genest, présidente-directrice générale de Centraide Québec et Chaudière-Appalaches, et Sophie D’Amours, rectrice de l’Université Laval, ont pris part à un échange portant sur cette question, mettant en lumière la collaboration entre deux institutions engagées dans la compréhension des enjeux sociaux et le développement de solutions durables. Pour illustrer les retombées de ce partenariat, l’événement a également donné la parole à deux intervenantes de la clinique SPOT, Isabelle Mercure et Marie-Pier Landry, qui ont témoigné de la portée de l’innovation sociale au sein de notre communauté.

Une proximité historique

Tout d’abord, pour comprendre comment les deux organisations en sont venues à être étroitement liées, il faut remonter au milieu des années 1940, alors que l’École de service social de l’Université Laval a été créée. À une époque où les institutions religieuses jouaient encore un rôle central dans l’organisation des services sociaux, le père Georges-Henri Lévesque, fondateur de l’École de service social, défendait une approche avant-gardiste selon laquelle la communauté occupe un rôle important dans la prise en charge des enjeux sociaux : « [Le père Georges Henri Lévesque] disait : "prendre soin des membres de sa communauté, ça doit être l’affaire de tout le monde". Il croyait profondément que, pour y arriver, pour organiser la solidarité, il fallait que la science travaille avec l’entraide. Déjà, à cette époque, il y avait beaucoup d'ouverture entre la recherche, la science et l'entraide », explique Sophie D’Amours, rectrice de l’Université Laval. C’est cette vision qui a éventuellement mené à la création du Conseil central des œuvres du Québec, aujourd’hui Centraide Québec et Chaudière-Appalaches, qui avait pour mission de coordonner les œuvres de bienfaisance et de redistribuer les fonds recueillis auprès des organismes affiliés.

Près de 80 ans plus tard, cette vision continue d'animer l'Université Laval : « On a un ADN particulier à l'Université Laval. Cet ADN, c’est cette envie profonde d'avoir un impact dans la société. Maintenant, il faut toujours l'animer. Puis, il faut la faire grandir, il faut avoir plus de personnes qui ont envie d'y participer », affirme la rectrice.

« L'Université a eu une longue collaboration avec Centraide. Ici, le 2 octobre 1975, le recteur de l'Université Laval, Larkin Kerwin (à gauche), recevait le président de la campagne de souscription de Centraide à Québec, Louis Boudreau. Sur la photo, ce dernier remet au recteur Kerwin le drapeau de Centraide, qui flottera au mât de l'Université durant la campagne de souscription sur le campus. » (Source : ULaval nouvelles)

— STUDIO W. B. EDWARDS

Un écosystème en mouvement

Aujourd'hui, les deux organisations demeurent unies par une même volonté d'agir sur les enjeux sociaux : « Si vous me demandez, "c'est quoi qui rapproche Centraide et l'Université Laval?" J'ai envie de vous dire : on ne se contente pas de regarder le monde tel qu'il est, on veut contribuer à le changer » affirme Isabelle Genest, présidente-directrice générale de Centraide Québec et Chaudière-Appalaches.

Isabelle Genest, PDG et Sophie D'Amours, rectrice de l'Université Laval

Cette vision commune s'appuie sur une complémentarité bien définie des rôles. Alors que l'Université Laval contribue à mieux comprendre les enjeux sociaux par la recherche, la formation et le développement des connaissances, Centraide est étroitement lié aux réalités du terrain. Ensemble, ces expertises créent un cercle vertueux où la recherche nourrit l'action et où les réalités vécues par les communautés inspirent à leur tour de nouvelles pistes de réflexion et d'intervention : « Le savoir peut sortir de l'Université, puis trouver une application concrète pour la communauté, mais ce qui se vit sur le terrain, ça remonte aussi jusqu'à l'université. Ça l’interpelle la recherche, ça soulève des nouvelles questions. On peut faire remonter les besoins vers les bonnes personnes, les relations terrain vers la recherche et surtout, de mettre tout cet écosystème-là en mouvement. » résume Isabelle Genest.

Cet écosystème en mouvement permet de concrétiser des pistes de solution et de nourrir l'innovation sociale : « On fait beaucoup de choses ensemble : on a une formation qu'on offre aux dirigeants d'organismes communautaires avec la faculté des sciences administratives, on fait du contenu via l'académie Centraide, on fait beaucoup de projets communs ensemble », souligne madame Genest.

L’innovation sociale, ce n’est pas abstrait […] : c'est dire oui pour être là les premiers.

Isabelle Genest PDG chez Centraide Québec et Chaudière-Appalaches

Clinique SPOT : l’innovation sociale en action

L’un des grands aboutissements de cette collaboration est sans équivoque la création de la clinique SPOT, un projet devenu un organisme à part entière. Au départ soutenu par le Fonds d’innovation de Centraide, cette initiative est ensuite devenue un organisme à part entière : « Il y avait des gens de la faculté de médecine de l'Université Laval qui disaient : "comment ça se fait que vos médecins, ils ne sont pas mieux formés pour aller donner des soins dans les milieux où il y a des gens en situations de marginalisation?" Les milieux communautaires, eux, disaient : "comment ça se fait que, quand on envoie nos gens à l'hôpital, ça ne se passe pas bien?" Puis, dans le milieu de la santé, ils disaient : "comment ça se fait qu'on ne réussit pas à rejoindre toutes ces personnes [marginalisées]?" » Explique Isabelle Mercure, coordonnatrice de l'enseignement chez SPOT.

Isabelle Mercure, coordonnatrice de l'enseignement et Marie-Pier Landry, coordonnatrice générale de la clinique SPOT

Grâce à ce projet, la communauté universitaire bénéficie d’opportunités de stage en milieu communautaire. En 2024 seulement, la clinique a encadré une trentaine d’étudiants : « [Les étudiants] sont des professionnels de la santé qui vont retourner dans leur clinique et qui vont être plus sensibles, plus ouverts et qui vont peut-être adapter leur façon de faire et leur approche pour ouvrir un peu plus les bras aux gens », souligne madame Mercure.

En plus de permettre l’acquisition de compétences additionnelles, cette expérience de formation sur le terrain contribue à lutter contre la stigmatisation en permettant aux étudiants de dépasser les notions théoriques pour se confronter à la réalité vécue par les personnes en situation de marginalisation : « Les gens [en stage], ils vivent [cette réalité] dans leur cœur. Ça fait en sorte qu’ils deviennent des professionnels différents, engagés, puis qu’ils vont devenir des ambassadeurs auprès de leur collègues », note Marie-Pier Landry, coordonnatrice générale de la clinique SPOT.

Bref, la collaboration de longue date entre l’Université Laval et Centraide Québec et Chaudière-Appalaches permet avant tout d’encourager l’innovation sociale, d’où sa pertinence autant importe aujourd’hui qu’à leurs débuts : « L’innovation sociale, ce n’est pas abstrait, ce n’est pas dans les airs : c'est réel. C'est dire oui pour être là les premiers. Quand l’idée de la clinique SPOT est arrivée, c’était un oui pour Centraide. Ça, c’est de l’innovation sociale et c’est ce que nous faisons tous ensemble, » explique Isabelle Genest. Cette alliance rappelle également le principe fondamental de l’unicité « Pour provoquer des vrais changements, il faut que tout ce beau monde-là se batte. Et ce qu’on a réussi à bâtir ensemble, c'est très précieux », conclut-elle.

Piste de réflexion

Que peut-on faire pour accélérer la réduction des inégalités sociales?

  • « Il faut s'accorder le temps de l'innovation sociale. Si on ne se donne pas le temps pour construire et innover, voir des solutions autrement, on applique toujours les mêmes solutions. Il faut accepter de remettre en cause et d’imaginer autrement. »

    Sophie D’Amours Rectrice de l’Université Laval

  • « [À la clinique SPOT], on vit les différents enjeux sociaux actuels à tous les jours avec énormément d'impuissance, mais je pense que, face à tous ces défis-là, ça prend le courage de l'indignation. On ne peut pas accepter le statu quo actuellement. Accepter ça, c'est souffrir psychologiquement de voir des gens ne pas aller bien. Donc, ça prend le courage de l'indignation, puis ça, il y a juste la force de le faire ensemble qui fait que c'est possible de passer à l’action. »

    Marie-Pier Landry Coordonnatrice générale de la clinique SPOT

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