L’esprit communautaire dans l’ADN de Vincent Frenette

Vincent Frenette est au cœur de l’action communautaire depuis une vingtaine d’années dans les régions de Québec, Lévis et Bellechasse. Il est l’un des précurseurs qui a mis sur pied une coopérative alimentaire. Aujourd’hui, il se donne corps et âme à l’organisme Le Filon. Il rêve d’un monde meilleur, dans lequel les gens souffriraient moins. Discussion avec un rêveur qui a les deux pieds… dans la terre!

Depuis qu’il est tout jeune, Vincent a une conscience sociale très développée. Il se souvient avoir joué dans la demeure familiale de l’île d’Orléans aux côtés d’une affiche du Che Guevara. Les discussions politiques avec ses parents sont fréquentes. Mais son enfance n’est pas toujours rose. « Ma mère avait des problèmes de santé mentale et était perçue comme une personne bizarre par les gens du village. » À l’école, il vit de l’intimidation chaque jour. « J’étais à part, mais je n’ai jamais eu le profil bas. Je me suis battu contre les préjugés. À l’adolescence, j’ai assumé ma différence et j’ai arrêté d’être une victime. Je suis devenu militant contre les injustices et les préjugés. »

Il intègre d’abord un groupe antiraciste. Vincent se définit lui-même comme un punk de bonne famille à cette époque. Son militantisme se transforme quand il entre au cégep puis à l’université dans les années 90. Les compressions en éducation le heurtent et il milite pour le droit à l’éducation. Après avoir complété un baccalauréat en archéologie et un baccalauréat en photographie, il pose ses pénates dans le village de Saint-Fabien-de-Panet, où il tente de réaliser son rêve d’autosuffisance.

Le début des années 2000 marque un autre tournant pour Vincent Frenette. Son métier de photographe ne le satisfait pas pleinement. « Je trouvais que je n’avais pas d’impact dans ma communauté. » Il plonge à fond dans son désir de changer les choses en créant un système alimentaire plus juste et écologique. Il déménage à Saint-Vallier-de-Bellechasse et met sur pied la coopérative alimentaire La Mauve. Aujourd’hui, cette coopérative est bien implantée dans son milieu et fait le bonheur des producteurs locaux et des citoyens qui s’y approvisionnent.
En 2005, Vincent fait ses premiers pas dans le milieu communautaire, avec comme principale préoccupation la sécurité alimentaire. Il joint les rangs du Centre résidentiel et communautaire Jacques-Cartier à Québec, un organisme soutenu par Centraide Québec et Chaudière-Appalaches. C’est lui qui coordonne les Ateliers à la terre. « J’avais besoin de faire une réalisation pour changer les choses à petite échelle. Et j’ai changé ma façon de penser. J’ai arrêté de lutter contre et j’ai commencé à travailler pour. » Cette période de sa vie a été un peu son école dans le communautaire.

Fort de son expérience, il est embauché ensuite à La Chaudronnée à Lévis, un autre organisme soutenu par Centraide. Son travail dans les jardins collectifs est apprécié. Sa vision innovante et inclusive de la sécurité alimentaire fait du chemin. Il devient le coordonnateur de l’organisme qui élargit sans cesse son offre et devient Le Filon. Dîners collectifs, jardins collectifs, cuisines collectives… tout ce que touche Vincent devient collectif! L’activiste communautaire de 45 ans se fait un point d’honneur à tout mettre en commun, sans jugement. « Si tu rentres chez nous, je ne te demanderai pas c’est quoi ton problème. Je vais te demander comment tu peux contribuer. Ici on ne nomme pas la différence, on nomme ce qui nous rapproche. Ça nous oblige à faire confiance aux gens. »

Ses façons de faire ont confondu les plus sceptiques! À la Chaudronnée, les dîners collectifs se déroulent sous forme de buffet. « Certains me disaient qu’il allait y avoir de l’abus. Si quelqu’un se sert une assiette énorme, on s’arrange pour que tout le monde soit sensibilisé au fait qu’il y a d’autres personnes. Par la suite, c’est à nous d’avoir assez de nourritures, parce que c’est peut-être son seul repas de la journée. Le concept d’abus n’existe pas chez nous. »

La vision collective de Vincent dépasse les frontières du Québec. Il vient de remporter le prix Cathleen Kneen pour l’ensemble de son implication. Un prix qu’il accueille avec une grande modestie. « C’est gênant, c’est trop pour ma personne. Le fait de gagner ce prix, à travers tout le Canada, ça m’a surpris. Mais si ça peut aider la cause, si ça peut mettre en valeur ce que nous faisons au Filon, c’est ça qui me rend heureux! Je souhaite que d’autres organismes nous copient ou s’inspirent de nous. »